lundi 28 juin 2010

Réflexions de Gilles Artigues : le rebond dans 15, 20 ou 30 ans ?

Maurice VINCENT semble vouloir adopter une nouvelle posture en affichant un optimisme excessif. Cela aurait du sens si dans le même temps nous connaissions sa vision et ses projets structurants. Ce n’est pas le cas ; il s’agit donc d’une opération de communication utilisant de grosses ficelles.
Depuis deux ans et demi en effet, nous déplorions que l’image de Saint-Etienne soit ternie par l’affirmation répétée de l’ampleur abyssale de nos dettes et déficits. Si nous étions favorables à la publication d’un audit en début de mandat pour informer très précisément les stéphanois sur l’état de nos finances, nous ne pouvions cautionner cette forme de misérabilisme au niveau national qui ne pouvait en fait que décourager les éventuels investisseurs peu enclins du coup à venir dans une ville « ruinée et durablement endettée ». Le bilan de Maurice VINCENT en 2014 ne se limitera-t-il qu’à la « sécurisation de la dette » facilitée par l’augmentation sans précédent des impôts locaux ?
Alors donc aujourd’hui, nous assistons à un changement radical de discours, une sorte de « méthode Coué » : tout va bien dans le meilleur des mondes…Nous allons réussir parce que nous sommes une grande agglomération située dans une région prospère !…Cela fait vraiment catalogue touristique. Hélas les choses ne sont pas si simples et la réalité est bien différente avec les commerces qui chaque jour baissent leurs rideaux, le chômage qui augmente et l’insécurité qui grandit.
Que j’aurais aimé que Maurice VINCENT nous annonce l’arrivée dans le centre-ville d’une grande enseigne commerciale comme Monoprix ou Virgin pour créer une vraie locomotive, redynamiser et faire revenir la clientèle ayant fui. Cela aurait pu justifier cet optimisme… Rien de tout cela si ce n’est l’arrêt du projet des Ursules après avoir fait travailler trois cabinets d’architecte abandonnés en rase campagne sur la base de contraintes bien connues dès le lancement de la consultation. Là encore ce n’est pas un bon point pour Saint-Etienne après le report du projet de Châteaucreux.
Quelle surprise aussi de constater que le Maire ne croit pas davantage à son projet « cœur de ville » présenté comme un « pari » risqué alors qu’il s’agit d’une action phare. Où sont les actions volontaristes pour améliorer l’habitat dans notre ville, primordiales pour faire revenir des habitants à Saint-Etienne ? Cet aspect est minimisé, c’est une erreur. Une agglomération ne peut pas bien vivre si la ville centre se paupérise.
Comment par ailleurs se vouloir béatement optimiste sans proposer un plan énergique pour la création d’emplois ? Pas non plus de décisions fortes pour améliorer la gouvernance économique du territoire, essentielle pour notre développement et en panne. En fait, tout le monde sait que les relations sont tendues entre le maire d’un côté, et le Président de la Chambre de commerce et le Président du Conseil général d’un autre . Comment avancer s’il n’y a pas de vision commune et de désir de travailler ensemble dans le sens de l’intérêt général ?
Et que dire des relations au point mort avec les communes de la Plaine du Forez comme Andrézieux, frein pour un aménagement harmonieux du territoire ? Seule est mise en avant la fameuse « euro métropole » qui s’annonce comme une complexe usine à gaz dans laquelle la ville de Saint-Etienne risque de se diluer et perdre son identité au profit de Lyon. Rien dans ce qui est pour l’instant annoncé nous pousse à l’optimisme.
Sur la cité du design, là encore nous ne lisons que des vœux pieux. Cet équipement présenté à l’origine comme créateur de tant d’emplois et devant attirer des touristes du monde entier risque de n’être qu’une « coquille vide », malgré son 1,5 million de budget de fonctionnement annuel.
On apprend enfin que le Maire de Saint-Etienne envisage sérieusement d’être sénateur, ce qui a de quoi surprendre compte tenu de l’ampleur de sa tâche actuelle. Cela montre également les difficultés relationnelles qui sont les siennes avec les deux députés socialistes stéphanois car dans une harmonieuse répartition des tâches, on pourrait naïvement penser que les parlementaires pourraient avoir une action complémentaire de celle du Maire pour porter au niveau national les dossiers stéphanois.
Les stéphanois ont certes des atouts mais il ne suffit pas de les lister pour réussir. C’est avec tristesse que nous constatons le déclin et la paupérisation de notre ville. Notre opposition se voulait constructive en 2008. Alors que nous approchons de la mi mandat, nous ne pouvons qu’exprimer notre déception face à ce « vide ». Maurice VINCENT pronostique sur le rebond de Saint-Etienne pour dans « 15, 20 ou 30 ans ! ». Nous appelons donc à la résistance face à une telle résignation…