mardi 7 septembre 2010

Conseil municipal du 6 Septembre 2010

Saint-Etienne - Conseil municipal du 6 Septembre 2010 – Dossier 74 – Projet Cœur de ville – Intervention de Gilles ARTIGUES, Président du groupe municipal « La voix des stéphanois »
Monsieur le Maire,
Ce dossier intervient tardivement dans l’ordre du jour de notre conseil municipal alors qu’il en constitue pourtant en cette rentrée une actualité brûlante et qu’il revêt une importance toute particulière pour l’avenir de notre ville.
En effet, cet accord-cadre est un des aspects d’un projet plus large sur lequel nous souhaiterions intervenir. Permettez moi juste une remarque sur le point précis pour exprimer notre surprise de ne voir figurer aucune volonté de mettre en adéquation la pose et la fourniture de ces « éléments fabriqués » avec la vocation design de Saint-Etienne.
Plus largement donc, évoquons le plateau piéton, ce qui va nous permettre de préciser notre point de vue. La semaine dernière en effet je vous ai écrit pour traduire l’inquiétude de nombreux stéphanois et spécialement des commerçants. J’ai eu par ailleurs la possibilité d’échanger avec plusieurs associations particulièrement celles qui ont à cœur les questions de développement durable, comme entre autres, Ecologie Moderne. Nous sommes tombés d’accord avec son Président David VACHEZ sur le diagnostic et le constat même si au départ ma demande expresse de mettre fin au plus tôt à cette aventure a pu surprendre. L’expérience de la vie municipale que nous avons et le souvenir des changements de plan de circulation mal pensés, imposés sans réelle concertation et de leurs conséquences m’ont amené à vous demander de reconnaître les risques encourus par notre ville s’il y a entêtement.
Bien sûr que nous ne sommes pas opposés par principe à tout changement et encore moins à l’idée de piétonisation. Nos interventions ici même sont nombreuses et sans concession quand il s’agit de défendre l’environnement. Qui pourrait en effet ne pas vouloir diminuer la pollution urbaine et par là même fluidifier la circulation et redynamiser le commerce local ? Mais hélas aucun de ces objectifs ne peut être atteint.
Et pour nous en convaincre, nous avons étudié ce qui se vivait dans d’autres villes et quelles étaient les conditions élémentaires pour une piétonisation réussie.
Le contexte est bien évidemment primordial. Notre ville ne présente pas l’attrait touristique de Strasbourg, Chartres ou Bordeaux. De plus, la période de crise économique que nous vivons est nullement propice à de tels bouleversements d’habitudes. Certes votre projet n’est pas responsable de la baisse de pouvoir d’achat des ménages mais il ne peut qu’amplifier le phénomène en dissuadant la clientèle de se rendre en centre-ville par les multiples contraintes que vous lui imposez. Les bornes qui sont chaque jour endommagées accidentellement l’illustrent parfaitement. Quel est d’ailleurs, au passage, le coût pour le contribuable stéphanois de ces dégradations ?
Nous avons également l’impression que vous avez mis « la charrue avant les bœufs ». La sociologie actuelle de Saint-Etienne avec sa paupérisation et le départ de représentants des classes moyennes est un premier élément très bien souligné d’ailleurs par Pierre HERITIER fondateur de l’association LASAIRE. Il aurait fallu tout d’abord, par une volontariste politique de l’habitat faire revenir ces ménages davantage demandeurs de ce cadre urbain. Pourquoi également avoir lancé dans la précipitation cette piétonisation alors que les aménagements des principales places Dorian et Hôtel de Ville n’étaient pas réalisés ? Pourquoi ne pas avoir tout mis en œuvre pour que s’installent de vraies locomotives commerciales en hyper centre pour faire revenir une clientèle actuellement attirée par les grandes surfaces de la périphérie ?Au lieu de cela, vous avez reporté le projet des Ursules sans pour autant sembler vous battre pour faire venir ces anciennes nationales dans les nombreuses friches commerciales dont le nombre ne cessent de croître ?
Enfin et cela a été maintes fois souligné y compris par des personnalités plus spécialisées que nous en ce domaine, la piétonisation ne peut réussir que s’il y a une offre de parkings relais en périphérie couplée à un service de transports en commun attractif et performant. Et sur ce point précis, avant la mise en place de vos nouvelles lignes, Gabriel EXBRAYAT, président de l’association qui milite pour l’amélioration des transports en commun en Loire sud, vous mettait en garde contre la baisse globale des cadences, l’augmentation des délais d’attente, la disparition des trolley-bus et surtout l’absence totale de dessertes sur des zones où sont pourtant implantées des entreprises comme à Malacussy ou à la Chauvetière et que dire de l’impossibilité désormais de rallier le cimetière de Montmatre par l’ancienne ligne 39. On s’attaque là aux personnes les plus âgées ou démunies. Un service public ne peut pas raisonner qu’en termes de rentabilité !
Le risque est donc grand de voir les stéphanois prendre davantage leur voiture d’autant plus que certaines aberrations du plan de circulation comme rue de la Résistance par exemple les obligent à faire des détours colossaux émettant ainsi davantage de CO2.
La piétonisation, de notre point de vue, ne doit donc pas être une fin en soi mais un accompagnement pour relancer la dynamique d’une ville. Nous attendons avec inquiétude les résultats de l’enquête que la Chambre de Commerce doit rendre publique prochainement et nous ne parlons pas des 17 dépôts de bilan de commerces que doit prononcer le tribunal de commerce en cette rentrée. Nous pourrions aussi bien sûr évoquer aussi les baisses sensibles de chiffres d’affaires qui nous sont communiqués directement comme par exemple les –20 voire –40% des commerçants de Fourneyron avec les perspectives de licenciements de personnel.
Tout cela justifie que nous jouions pleinement notre rôle d’opposants lucides en vous demandant de suspendre cette piétonisation ; ce qui ne veut pas dire qu’on ne pourra pas l’envisager plus tard. Alors, vous allez me répondre : « en attendant, on ne fait rien, on reste immobile ! » Pas du tout ! Il y a au contraire tout le reste à faire et notre groupe est d’ailleurs prêt à travailler avec vous sur les 6 aspects plus urgents à traiter en priorité et que nous venons d’évoquer : amélioration de l’habitat, soutien au commerce en difficultés, accueil de locomotives commerciales, aménagement réfléchi et concerté des principales places, offre de parkings en périphérie et surtout amélioration du service de transports en commun, ce qui en soit est un travail à plein temps pour voir de réelles avancées et non la régression actuelle.